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Le 21 Juillet 2018, 23h30

Chaque mois, les deux députées LREM font le bilan de leur activité. Une manière de faire de la politique qui tranche avec leurs prédécesseurs. 

Cette nouvelle pratique cache bien sûr une communication politique habile, qui n’exclut pas la sincérité de la démarche.

NOUVEAU MONDE - C’est un communiqué de presse adressé à la rédaction par la députée La République en marche, Caroline Janvier, qui a soufflé l’idée de ce sujet à la rédaction. Un communiqué de presse qui énumère, dans le détail, et sous la forme d’un rapport d’activité mensuel de six pages, tout le travail réalisé par l’élue dans l’enceinte de l’Assemblé nationale comme dans sa circonscription. Rien n’y manque visiblement tant la moindre prise de parole publique y est consignée. 

 Ce nouveau monde, il se présente, sur la forme, comme celui de la transparence et de la démocratie participative

La pratique politique a d’évidence bien changé. Il y avait l’ancien monde, celui qui existait avant mai 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Il n’est pas très vieux mais il est déjà très daté. Aujourd’hui, nous sommes donc dans le nouveau monde. Et, ce nouveau monde, il se présente, sur la forme, comme celui de la transparence et de la démocratie participative. Et il est donc incarné localement, mais pas de manière exclusive bien sûr, par les deux députés La République en Marche, Stéphanie Rist et Caroline Janvier.

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Caroline Janvier et Stéphanie Rist, députées LREM de la 2ème et 1ère circonscription du Loiret. (@Twitter)

Avant, dans l’ancien monde, pour savoir ce que faisaient nos députés, il fallait aller sur le site nosdéputés.fr. Aujourd’hui, avec le nouveau monde, ce n’est plus nécessaire. En théorie du moins car rien n’empêche d’aller y vérifier quelques données. Contrairement à leurs prédécesseurs, les deux parlementaires de La République en Marche rendent compte, à échéances régulières, et de manière détaillée, de leur activité à l’Assemblée nationale comme de leur travail dans leur circonscription. Sous la forme d’un bilan méticuleusement détaillé pour Caroline Janvier, et sous celle de conférences de presse régulières pour Stéphanie Rist. Cette dernière a d’ailleurs adressé en fin d’année une lettre à ses administrés en leur demandant, notamment, comment ils voulaient communiquer et rentrer en contact avec elle. « Je m’adresse à vous dans une démarche collaborative et participative, afin de recueillir vos souhaits et vos attentes. En effet, j’attache beaucoup d’importance à la proximité, à l’échange avec mes concitoyens », expliquait Stéphanie Rist aux habitants de la 1ère circonscription du Loiret. Par ailleurs,  les deux élues organisent également des réunions publiques afin de mieux cerner les attentes de leurs administrés et également pour leur expliquer le sens et la portée des réformes engagées par le gouvernement.

Jamais auparavant, ni Olivier Carré ni Serge Grouard ne prenaient la peine d’expliquer et encore moins de se justifier sur leur travail parlementaire. Ils avaient ce souci-là en tant que maire mais jamais en tant que parlementaire. À aucun moment, ni l’un ni l’autre ne publiait ainsi un bilan de son activité. Seule Valérie Corre, ancienne députée PS de la sixième circonscription, rédigeait un fin d’année le bilan précis de son activité de parlementaire.  

Les trois députés Républicains, héritiers de « l’ancien monde », ne fonts pa état de leur travail parlementaire

Et, aujourd’hui encore, ni Jean-Pierre Door, ni Marianne Dubois, ni Claude de Ganay, les trois députés Républicains, héritiers de « l’ancien monde », ne font état de leur travail parlementaire, hormis, et c’est plutôt rare, pour mettre en valeur une intervention dans l’hémicycle. 

Il ne s’agit pas d’être dupe. Cette nouvelle pratique cache bien sûr une communication politique habile, qui n’exclut pas la sincérité de la démarche, mais qui cherche à promouvoir, sinon à imposer, l’idée que le citoyen doit tout savoir de l’activité de ses élus et que ces derniers leur sont redevables de la moindre prise de parole publique.  

Mais reconnaissons qu’elle a de grands mérites dont celui d’avoir fait tomber le député de son piédestal. Aujourd’hui, l’élu moderne n’a plus la science infuse et rend compte avec humilité de son travail quotidien. Voilà pour la forme. Mais cette sémantique de l’émergence d’un « nouveau monde » et de la mise en place de nouvelles pratiques politiques, défendue bec et ongles par les élus de La République en Marche, reste artificielle puisque certains n’ont évidemment pas attendu l’élection d’Emmanuel Macron pour partager avec leurs concitoyens leur engagement d’élu et leur ouvrir leur permanence. Qui pourrait contester qu’un parlementaire du Loiret, Jean-Pierre Sueur pour ne pas le citer, fait état de son travail de sénateur tous les mois, pour ne pas dire plusieurs fois par semaine, et sous différents supports. Jusqu’à peu, il était d’ailleurs le seul parlementaire du Loiret à avoir une permanence ouverte tous les jours et donc à recevoir quotidiennement, lui ou ses deux collaborateurs parlementaires, les habitants du Loiret. 

La forme est une chose, le fond en est une autre 

Après, reste, l’autre question, centrale-là, celle de l’efficacité du travail de chacun. La forme est une chose, le fond en est une autre. La transparence revendiquée ne peut se suffire à elle-même. Sans résultat, elle ne serait que gesticulation. Les deux parlementaires LREM du Loiret en ont manifestement conscience. Et, dès leur élection en juin dernier, elles pointaient du doigt cet impératif qui pèse sur leurs épaules bien davantage que tous les autres.  

La rédaction.