Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 21 Août 2018, 08h33

La ville rend hommage, ce samedi, à René Thinat, maire d’Orléans de 1971 à 1978. Rencontre avec deux de ses enfants.

« J’avais un regard critique d’étudiant imbécile sur ce que je pouvais alors savoir de mon père », sourit aujourd’hui Pierre-Antoine Thinat, le cadet de la fratrie.

HOMMAGE - C’est sous l’angle de son apport au domaine culturel que la ville d’Orléans a décidé de se souvenir de René Thinat, maire d’Orléans  de 1971 à 1978, et foudroyé par la maladie un an tout juste après avoir entamé son second mandat. « Passionné de culture, amoureux de musique et de poésie, sensible à tout ce qui donne un sens à l’existence humaine, René Thinat s’attachera, pendant son mandat, à soutenir la diffusion culturelle et artistique. Les lieux culturels sont repensés : théâtre, musée des Beaux-Arts, bibliothèques… La création artistique est encouragée, la patrimoine littéraire et historique valorisé », écrit Olivier Carré, maire d’Orléans, dans un livret d’hommage publié ces derniers jours à l’occasion du quarantième anniversaire de sa disparition.   

« Pour René Thinat, la main était au service des idées, au sens artisanal, artistique du terme », Abel Moitié

Les Orléanais de longue date se souviennent sans doute de ce 23 mars 1978 où plusieurs milliers d’entre eux se sont recueillis devant le cercueil de René Thinat exposé alors à l’Hôtel de Ville. Pour nombre d’Orléanais, le souvenir de René Thinat s’incarne alors dans des réalisations qui ont participé au rayonnement culturel de la ville mais, plus encore peut-être, qui ont donné la possibilité à chacun d’avoir accès à des pans de la culture desquels ils étaient éloignés, voire privés : entre 1971 et 1978, le maire d’Orléans fait ainsi l’acquisition d’un bibliobus qui dessert les quartiers éloignés des bibliothèques existantes ; il propose le déménagement de la bibliothèque municipale centrale à l’étroit alors dans ses locaux vétustes ; il lance la création du musée des Beaux-Arts, du nouveau théâtre, soutient le premier festival d’Orléans-Cinéma, etc. 

« Pour René Thinat, la main était au service des idées, au sens artisanal, artistique du terme. Il aimait la création artistique, quand cette main justement donne corps, donne vie, à des idées », explique Abel Moitié, conseiller municipal délégué à la Mémoire.

Samedi 21 avril, au Musée des Beaux-Arts

À 14 h30 : Découverte de l’exposition René Thinat.  Son œuvre, avec présentation de dessins, huiles  et aquarelles d’André Civet et de Jean Sorlet. Découverte de la publication du service Mémoire d’Orléans.

À 16 heures, auditorium : Conférence  « Peut-on penser l’œuvre de nos mains ? », par Miguel Cuadra, philosophe.

À 17 heures, auditorium, Moment Musical Jean-Sébastien Bach, par Christian Monti, pianiste. Au programme: Sinfonia en mi mineur, 4e Suite française, 6e Partita. Cristian Monti, né en 1991, est un pianiste et compositeur italien 

Pierre-Antoine Thinat, le fils cadet de la famille, qui faisait ses études à Paris au moment où son père était aux commandes de la ville d’Orléans, garde le souvenir d’un père « qui donnait une énorme liberté aux gens, et qui faisait confiance ». Alors jeune adulte partageant son temps entre Paris durant la semaine et Orléans le week-end, Pierre-Antoine Thinat a découvert l’action de son père localement que bien après son décès, à la faveur notamment de commémorations et d’hommages. « J’avais un regard critique d’étudiant imbécile sur ce que je pouvais alors savoir de mon père », sourit aujourd’hui le cadet de la fratrie, né en 1946, qui souligne avec une franchise d’où semble absente toute amertume que son père « préférait la ville à sa famille ».

IMG_0039.JPG

« Je n’ai pas le sentiment d’avoir eu le même père que Françoise - son aînée de douze ans, fondatrice bien connue du concours international de piano d’Orléans. Très tôt, mon père a voulu s’occuper des autres. Il adorait discuter avec les gens, et il a été à l’origine de plusieurs jumelages - ndlr : Kristiansand en Norvège et Wichita aux États-Unis, tandis qu’il a renforcé les liens avec Münster - et il avait énormément de plaisir à montrer sa ville, à la raconter, à faire vivre sa mémoire ». Même si Pierre-Antoine Thinat est passé, d’une certaine manière, à côté du mandat de son père durant la période où il s’écrivait, il revendique sa « fierté » d’avoir eu un père qui « a été l’un des premiers maires à avoir mené une gestion moderne d’une municipalité ». « Il a regretté amèrement que le TGV ne passe pas par Orléans et il militait pour qu’Orléans soit relié par un nœud autoroutier mais était contre le système de Tours où l’autoroute traverse la ville », poursuit le fils de cadet de René Thinat. 

« Il savait réagir dans tous les milieux culturels, c’est la réaction qui est important », Françoise Thinat

Françoise Thinat, la fille aînée qui sera également présente, samedi après-midi, au musée des Beaux-Arts d’Orléans lors des différents conférences tenues en hommage à son père, garde en mémoire un « homme brillant et sans préjugés». « Il savait réagir, dans tous les milieux culturels, c’est la réaction qui est important. Quand l’acoustique était mauvaise, comme ici au théâtre au départ, il était furieux mais il ne restait pas sur un échec, il réagissait. Il avait une capacité de résilience incroyable. Ça ne va pas, mais ça ira mieux après. Il savait très bien rebondir», explique Françoise Thinat qui a passé son enfance, contrairement à Pierre-Antoine, à Gien avec un père bien plus présent et disponible qu’il ne le fut ensuite, absorbé par son mandat municipal. « J’ai le souvenir du couple qu’il formait avance ma mère, avant la guerre donc, un couple vivace, élégant et beau. Il avait repris les assurances que tenaient son beau-père. J’ai eu les racines, mon frère, lui, a connu notre père au moment où c’était un homme tourné vers les gens, dans une grande ville», se souvient Françoise Thinat. 

Ce samedi après-midi, les Orléanais pourront revisiter l'action culturelle d'un maire qui a laissé son empreinte sur la ville, même si, in fine, peu d'entre eux le savent réellement. 

A. G.