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Le 21 Août 2018, 08h45

La ministre de la Culture a confié à la directrice des musées d'Orléans la responsabilité de rapprocher les chefs d'œuvre des Français.  

« Si le but était de faire voyager des œuvres pour faire voyager des œuvres, beaucoup de musées le font déjà, ce n’est pas nouveau en soi», Olivia Voisin.

DANS LES CARTONS - Olivia Voisin confie avoir été «très étonnée» que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, pense à elle pour cette mission. « Il y a déjà eu un échange par SMS avec son cabinet, puis un entretien avec la ministre », explique la directrice des musées d’Orléans. Cette mission, si elle l’acceptait, consistait initialement à mettre en place, avec Sylvain Amic, directeur de la Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie, « une exposition itinérante de chefs d’œuvre des collections nationales » dans le dessein de « lutter contre la ségrégation culturelle », et donc de présenter des « œuvres iconiques » prioritairement au sein des « zones blanches du service public culturel », autrement dit là où il y a moins d’un équipement culturel public pour 10.000 habitants. Sur le papier, un projet ambitieux et vertueux, indéniablement. 

« C’était une chance de participer à un projet très contesté »

Pour autant, Olivia Voisin a d’abord hésité avant de donner son accord. D’abord, parce que son calendrier orléanais est chargé, et particulièrement en mai avec la réouverture de tout un étage au Musée des Beaux-Arts. Et puis, la directrice des musées d’Orléans avait de sérieuses réserves quant à l’intérêt réel de ce projet, une fois mises de côté les bonnes intentions qui y présidaient. Finalement, après réflexion, elle a donc accepté de s’y engager pleinement mais pas nécessairement selon les conditions posées au départ par la ministre. 

« C’était une chance de participer à un projet très contesté et pour lequel j’avais moi même de fortes réserves », explique Olivia Voisin. Des doutes essentiellement liés à la méthode choisie et à sa capacité effective à rapprocher les Français des chefs d’œuvre du patrimoine culturel national, exposés pour un grand nombre d’entre eux dans les musées parisiens. « Il y a déjà eu beaucoup de projets comme celui-là, avec des réussites et des échecs. Le décret Chaptal au 19ème siècle, par exemple, qui débouchera sur la création de nombreux musées en France, a été une grande réussite. Le Centre Pompidou mobile, en revanche, n’a pas eu les effets souhaités. Et si le but était de faire voyager des œuvres pour faire voyager des œuvres, beaucoup de musées le font déjà, ce n’est pas nouveau en soi », argue Olivia Voisin.

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Olivia Voisin devant l'exposition consacrée à Jean-Baptiste Perronneau au musée des Beaux-Arts d'Orléans en septembre 2017.  (Photo. apostrophe45)

« Nous sommes donc partis sur un autre projet que celui d’une exposition itinérante»

Et puis, presque contre toute attente, la ministre, qui n’a d’évidence pas choisi deux conservateurs et directeurs de musées de province par hasard, leur a donné son aval. Et carte blanche pour mener à bien ce projet comme ils l’entendaient, les assurant de son soutien et du fait qu’elle n’interférerait pas dans sa conduite. « Nous choisir était un choix audacieux dès le départ : nous sommes deux conservateurs dans l’âme au sens où ce qui doit primer, c’est de trouver des lieux où les critères de conservation pour les œuvres sont garanties ainsi que leur sécurité. (…) Elle a eu une grande écoute et a accepté notre vision des choses. Nous sommes donc partis sur un autre projet que celui d’une exposition itinérante qui est un système inégalitaire et qui se heurte à beaucoup de contraintes. Nous avons préféré définir un catalogue des œuvres qui ont un sens sur un territoire donné parce que ce territoire a été le lieu de création, de découverte, d’implantation, d’inspiration, etc. Par exemple, cela aurait du sens d’exposer la Venus d’Arles à Arles, de présenter Montegna à Aigueperse en Auvergne où son Saint-Sebastien a été retrouvé à condition de trouver un lieu qui convienne bien sûr, ou encore des œuvres de Maria Helena Vieira Da Silva à Pithiviers puisqu’elle a eu un atelier à Yèvre-la-Ville. (…) À partir d’œuvres identifiées et sur des territoires identifiés, nous lançons donc des appels à projet pour que les villes puissent s’en saisir », détaille Olivia Voisin. « Nous pensons également que trois mois d’exposition, c’est trop court. Nous préférons une durée d’un an avec tout un accompagnement, dont des tirages en haute définition des œuvres pour les exposer dans d’autres lieux proches pour inciter le public à revenir sur ses traces, et aller voir l’original », développe la directrice des musées d’Orléans.  

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Olivia Voisin supervise le déplacement des œuvres en toute sécurité et sans risque qu'elles soient abîmées. (Photo. apostrophe45)

Le 19 mai, Olivia Voisin et Sylvain Amic devront remettre leur copie à la ministre de la Culture

Et puis, pour aller plus loin, pour tisser un lien pérenne et fécond entre les Français et cette culture artistique dont ils restent relativement éloignés, la directrice des Musées d’Orléans milite pour que l’enseignement des arts fasse partie intégrante des programmes scolaires. « Et cela permettrait, en plus, à des milliers d’étudiants en histoire d’art qui vivent de manière très précaire de trouver un travail », lâche-t-elle. 

Le 19 mai, Olivia Voisin et Sylvain Amic devront remettre leur copie à la ministre de la Culture dans la perspective de sortir les premières œuvres de leur musée respectif et de les exposer dans d’autres lieux culturels à la faveur des Journées du Patrimoine, en septembre. Le calendrier est serré mais la directrice des musées d’Orléans est confiante. Tant sur le calendrier que sur la pertinence de cette nouvelle mouture. 

A. G.