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Le 19 Décembre 2018, 09h14

Les 39 films sélectionnés pour cette première édition qui n'a jamais vu le jour seront projetés à Orléans. Explications. 

Ainsi, jamais aucun palmarès n’a apporté un jugement appréciatif sur ce cru 1939. En 1946, quand le festival de Cannes renaît sur les cendres de l’Europe martyrisée, d’autres films sont en compétition.

RETOUR AUX SOURCES - Le 1er septembre 1939 devait s’ouvrir à Cannes le premier «festival des démocraties contre les dictatures», initié par Jean Zay, député radical-socialiste et ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire. En créant ce festival cinématographique que plusieurs villes avaient souhaité accueillir entre leurs murs - Biarritz, Deauville, Vichy, Aix-les-Bains, le Touquet, et même Alger - le jeune ministre ambitionnait de faire souffler le vent de la création cinématographie libre en France alors qu’au même moment la Mostra de Venise, passée sous le joug de Mussolini et d’Hitler, devenait un très efficace outil de propagande profasciste. Ainsi, un an plus tôt, alors que le jury de la Mostra s’apprêtait à remettre le grand prix à Autant en emporte le vent, Mussolini et Hitler mirent leur véto et imposèrent que ce prix soit attribué aux Dieux du stade, un documentaire profasciste de la cinéaste nazie Leni Riefenstahl. Et l’année précédente, l’attribution de ce même prix au film pacifiste de Jean Renoir La Grande illusion avait déjà suscité des raclements de gorge du côté des régimes fascistes. 

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Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire. (Photo. DR)

Le 1er septembre 1939, le clap de début du festival était donc prêt à résonner à Cannes avec un écho attendu dans le monde entier : les trente-neuf films en compétition pour ce premier festival étaient sur le point d’être projetés et le gratin hollywoodien de la Metro Goldwyn Mayer dépêché sur la croisette, conduit par Gary Cooper, Douglas Fairbanks et Tyrone Power. La Grande-Bretagne, l’URSS, la Pologne, la Suède, les Pays-Bas, les États-Unis, et bien sûr la France, avaient envoyé une sélection de films. L’Allemagne et l’Italie, elles, avaient naturellement refusé de prendre part à la fête « démocratique » du cinéma mondial. À cette époque, les pays choisissaient, en effet, eux-mêmes les films qu’ils souhaitent projeter et donc promouvoir. Au total, donc, 39 films étaient programmés pour cette joyeuse compétition déjà glamour. L’affiche de cette première édition, peinte par l’artiste cannois Jean-Gabriel Domergue, célébrait l’«irrésistible invitation au voyage». Mais l’obscurité n’a pas eu le temps de s’installer progressivement dans les salles de cinéma cannoises. Elle s’est abattue violemment sur l’Europe entière, ce même 1er septembre 1939, avec l’entrée des troupes allemandes en Pologne. Clap de fin donc pour le festival de Cannes naissant.

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L'affiche officielle du premier festival de Cannes qui n'aura jamais lieu.

Ainsi, jamais aucun palmarès n’a apporté un jugement appréciatif sur ce cru 1939. En 1946, quand le festival de Cannes renaît sur les cendres de l’Europe martyrisée, d’autres films sont en compétition. Jamais ? Et bien, ce préjudice sera réparé à Orléans en 2019, ville de naissance de Jean Zay bien sûr, avec la projection des 39 films dans différentes salles de cinéma de la ville, la création d’un jury ad hoc, et bien sûr, à l'issue de l'événement, l’édification d’un palmarès. Le comité « Jean Zay Cannes 1939 », piloté par l’historien Antoine de Baecque, ressuscitera ainsi cette édition inachevée. « Il faut du temps pour retrouver des films presque introuvables, films soviétiques, tchèques, interdits et confisqués par les nazis », explique Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay et vice-présidente du cercle Jean-Zay. « À l’automne 2018, nous organisons un grand colloque sur Cannes 1939, avant 2019, et la projection des films programmés en 1939. » Un événement culturel majeur pour Orléans au rayonnement national assuré. Et une gageure pour les organisateurs de l'événement tant la difficulté de remettre la main sur ces films passés par pertes et profits de l'histoire est grande. 

A. G.