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Le 22 Octobre 2018, 05h39

Près de 150 d'agriculteurs ont été tenus à l'écart du château de Chambord où se déroulait depuis jeudi une réunion informelle entre les ministres européens de l'agriculture.

Laurent Lheure, président de la Coordination rurale du Loiret, explique que la situation est des plus précaires pour les 3.400 exploitations loirétaines. « Près de 600 d'entre-elles pourraient bien disparaître. Il devrait n'en rester que 2.800 mais celles qui resteront connaîtront beaucoup de difficultés. »

RÉVOLTE - La colère gronde depuis un moment déjà dans le monde agricole frappé de plein fouet par les aléas climatiques et des prix au plus bas. Cette fois, c'est le syndicat de la Coordination rurale qui est monté au front dans la petite commune de Maslives (Loir-et-Cher), l'une des six portes d'entrée menant au château de Chambord, quadrillé par les forces de l'ordre.

Pourquoi avoir choisi Chambord ? « Tout d'abord parce que Chambord est un domaine qui dépend conjointement des ministères de l'agriculture et de la culture », explique-t-on du côté du ministère de l'agriculture. Ensuite, parce que s'y déroulait la réunion de tous les ministres européens - ou presque - de l'agriculture venus discuter de l'avenir de l'agriculture au lendemain du Brexit. « Il s'agissait-là de procéder à des échanges sur la construction européenne et l'avenir de la politique agricole entre les ministres des états membres (sauf l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas, la Finlande - indisponibles - et bien évidemment le Royaume-Uni), en dehors de tout cadre institutionnel ». Ce rendez-vous un peu précipité, il faut bien le souligner, est à mettre à l'actif du ministre de l'agriculture français, Stéphane Le Foll. 

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Les 19 ministres européens de l'agriculture. 

« Provocation ou une nouvelle maladresse du gouvernement ? »

Sauf que le choix du site n'est pas du tout passé du côté des agriculteurs qui y ont vu une énième « provocation ou une nouvelle maladresse du gouvernement », dixit Bernard Lannes, le représentant national de la Coordination rurale.

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« Oyez, oyez miséreux, le seigneur Le Foll réunit tous les seigneurs de l’Union Européenne au château de Chambord pour discutailler politique agricole (…) Le symbole est fort en pleine crise du monde agricole, la plus grave depuis l'après-guerre. Ces gens-là (Ndlr : les ministres) en profitent pour se réunir dans un château pour discuter de notre avenir, une fois que les Anglais seront, eux, sortis de l'Union européenne. Notre système ne va plus et nous voulons une autre PAC », a fait savoir, au micro d'apostrophe45, Bernard Lannes. 

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Les agriculteurs en colère ont été maintenus éloignés de plusieurs kilomètres du château de Chambord.

Environ 150 agriculteurs du syndicat ont donc fait le déplacement, sous bonne escorte, jusque « sous les fenêtres des seigneurs européens ». L'objectif : « Faire entendre la voix de la base, esclave de décisions qui ne sont pas les siennes ! » Mais seule une délégation syndicale a été invitée, jeudi soir, au château pour échanger avec quelques ministres, sans garantie aucune évidemment sur un  quelconque changement de politique.

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Laurent Lheure, président de la Coordination rurale du Loiret.

Au plan départemental, Laurent Lheure, président de la Coordination rurale du Loiret, explique que la situation est des plus précaires pour les 3.400 exploitations loirétaines. « Près de 600 d'entre-elles pourraient bien disparaître. Il devrait n'en rester que 2.800 mais celles qui resteront connaîtront beaucoup de difficultés. Toutes les productions sont touchées. » Et d'ajouter : « En plus, le quota betteravier va s'arrêter. On va donc se retrouver dans le même système que celui du lait. Dès lors, ce que l'on demande, c'est une régulation de toutes les productions pour avoir enfin une vie correcte et vivre de nos exploitations, de nos productions. Nous sommes aujourd'hui en plein désarroi. » Loin donc de la vie de château.

Richard Zampa